« EXTERIEUR/INTERIEUR »

Les évènements qui se déroulent à l'extérieur de notre vie psychique, révèlent les mystères qui s'y passent.

Ce jour, samedi 14 décembre 2002, je suis parti voir si l'équipe d'ados était allée à l’aven du Camelié, comme ils me l'avaient annoncé. Je prépare donc mon matos spéléo, et mon esprit me dit de prendre mon lasso de corde au cas ou ils n'y seraient pas, j'irais faire l’aven de la Grande Salamandre.

Très rapidement, je suis sur le parking du Camelié, personne.

Je vais faire un tour à Fons/Lussan, pour voir si l’ami Jean-Loup est là, personne.

Suite à ces absences, je décide donc la solution de repli, la Grande Salamandre. 

Arrivé sur le plateau de Méjannes le Clap, mon esprit me dit que ce serait bien de ramasser un peu de bois avant qu'il fasse nuit (c'était 13h30 !). Au lac de Trépadone, je trouve une énorme coupe de bois faite au bulldozer, tous les genévriers, les cades, sont là déchiquetés, il n'y a plus qu'a ramasser les morceaux ! ça va sentir bon !

Je remplis la voiture, c'est 16h00. Il commence à pluviner. Direction la Plage du Roi, l’aven de l'Agas.

Sur le chemin bordé de chasseurs, je rencontre le grand Jeff, que j'ai reconnu de dos à sa haute stature, sa barbe débordante sur l'arrière et à sa démarche de grande girafe.

Je m'arrête à son coté et je le salue. Il me demande où je vais avec tout ce bois.

Je lui dis que je me rends à la Grande Salamandre.

" Tout seul !!! ", me dit-il ? " Ben oui " lui répondis-je. Me souhaitant une bonne balade, j'en fis de même pour une bonne chasse.

Il pleut maintenant et le jour s'en va. Rapidement équipé, je prends le chemin bien connu.

Il a été élargi, c'est une vraie voie rapide ! En marchant, je me disais que c'est la première fois que je vais sous terre seul, en 25 ans de spéléologie, c'est drôle, je me sens tout fier.

L'ouverture béante de l'orifice de l'aven m'accueille dans la pénombre, des chauves-souris aussi.

Une fois la corde sortie, je fais des nœuds à son extrémité, j'active ma lampe à carbure et je commence l'équipement.

Le brochage effectué lors du stage avec Serge est très fonctionnel.

Après le « Y » de tête de puit, me voilà plongeant dans la verticale.

Je rejoins l'endroit du fractionnement, le met en place et je continue.

30 mètres sont descendus, je suis loin des parois, sous le toit de l'immense salle de la belle Grande Salamandre. Les souvenirs de mes nombreuses venues ici me rappellent les lieux où je vais arriver.

Ma descente est lente, fluide, et, tout à coup !!!

Les nœuds de fin de corde se font sentir dans ma main !!!  Mon esprit va très vite …. Comment n'ai-je pas pensé une seconde si ma corde était assez longue pour cette descente ?

Heureusement que j'avais adopté la règle de sécurité : Toujours faire un nœud en bout de corde.

Je suis pendu là, dans le vide, dans l'antre de la terre mère, comme dans le contexte de mon quotidien actuel !!!

Les chauves-souris dansent autour de moi, elles doivent peut être se demander ce que je fais là ?

Ma corde ne fait que 50 mètres et il faut une 80 mètres pour atteindre le fond !

Quel tour mon esprit a voulu me jouer ? Bon, ce n’est pas grave, en quelques minutes je suis dans le sens de la remontée, je remonte.

Le déséquipement est terminé une demi-heure plus tard.

Assis dans la nuit, aux pieds des chênes ruisselants, je mange une pomme.

La pluie me rafraîchit agréablement, j'entends au loin les chasseurs appeler leurs chiens égarés.

Sur le chemin du retour, mon esprit me livre une association prémonitoire et explicative sur les liens qu'il existe entre les événements extérieurs, que la vie nous amène, et notre état intérieur, souvent difficilement compréhensible.

Les messages transmis par ces "circonstances signifiantes", si nous leur prêtons attention, sont très révélateurs.

En effet, intérieurement, voilà plusieurs mois que je suis aux prises avec un état de neutralité vide de sens, d'inspirations, de ressentiments, d'envies, de besoins, de manques.

J’étais en quelques sortes, pendu au bout d'un fil ! Comme dans la « matrice pré-créatrice », où je me nourrissais de la substance maternelle originelle, où je faisais provision de ce dont j'aurais besoin lorsque je sortirais.

Cette gestation, je la trouvais longue, surtout ne sachant pas combien de temps « Elle » allait me garder en son sein nourricier et protecteur, mais j'acceptais cette situation "privilégiée" avec la patience nécessaire et une confiance Oh combien mise aux épreuves.

Pour vivre cette période, je ne dois plus penser, plus me poser de questions, faire avec ce qui se présente dans l'instant, laisser mon esprit libre de venir me parler, me guider, sans lui barrer la voie par les aspects déviants dont est soumis l'être incarné que je suis.

Cette journée du 14 décembre 2002 a été totalement vécue sous ce fonctionnement là.

La suite que va prendre ma vie m'est présentée sous la forme des évènements qui ont meublé ce jour.

Je vais sortir de cette enceinte qui prépare à la « re-naissance » et entrer en action.

Je dispose de tout ce dont je vais avoir besoin, lumière, outils, bois (pour allumer et entretenir le feu de l'action), véhicule opérationnel.

Rien ni personne ne pourra m'arrêter lorsque je recevrais ma "feuille de route", mais ça, je ne l'ai pas encore, alors, patience, confiance et vigilance, ça viendra de la même manière, pour peu que je garde la voie libre à l’Esprit …(J.S. déc. 2002)

    

ombre spéléo Roc de l'Aigle

Roc de l'Aigle Méjannes le Clap (JS 2007)